Lupus Dei

L’animal est création de Dieu, il est l’un de ses enfants. L’Homme est création de Dieu, il est l’un de ses enfants. Mais lorsque Dieu déséquilibre l’univers et place tous les pouvoirs entre des mains, les crocs, alors inférieurs en nombre et affaiblis, s’en détournent et s’en remettent alors à des forces sombres et destructrices.

Je suis l’héritier d’une très ancienne lignée de loups. Le territoire de mes ancêtres était vaste et leur domination les élevait au rang de dieux, Lupus Dei furent-ils nommés. Leurs hurlements étaient emportés par le vent à des kilomètres à la ronde, ils possédaient la nuit, ils domptaient le jour. Ils effrayaient ce qui vole, ils pétrifiaient ce qui rampe, et ils intimidaient ce qui marche. Ils étaient de grands chasseurs, mais de cette puissance redoutée jusqu’au aux confins du monde ne subsistent que de vieux loups comme moi. Éteint de la main des hommes, à combat inégal, notre règne n’est plus désormais. Oubliés même des grands conteurs, proies d’une poignée d’hommes armés, nous ne sommes que des chiens parmi les perdrix et les faisans, des porcs parmi les porcs.

De vie de chien je suis âgé, de vie d’homme, je suis à peine un enfant. J’occupe un territoire qui s’étend sur un large flan de montagne. Sous mes pattes, une vallée. Je me nourris de proies vieilles ou faibles, le plaisir de la traque m’a quitté il y a fort longtemps. Je suis seul, je n’appartiens à aucune meute, je suis mon propre clan, je suis le survivant Alpha.

La journée est automnale et douce, je marche entre les sapins. Découvrez la suite


Le comble de Saturnin

La vie pour certains est aussi limpide qu’une eau de roche qui aurait été filtrée trente fois. La vie elle même naît, puis coule et ne se détourne jamais, jusqu’à mourir en un frêle filet dans un sol détrempé. C’est beau, simple, inéluctable et quelconque.

Pour les autres, les gens comme moi, les attardés du lien social, les péquenauds de l’intégration, les générateurs de conneries, la vie est un putain de bourbier. La vie naît que ça schlingue déjà. Attention mes géniteurs sont tout ce qu’il y a de plus commun, mais c’est autre chose. Le problème il est à l’intérieur de ce petit cerveau de mioche. Et l’eau de la roche, tout au long de sa vie, de ma vie, a été imperméable à tous les filtres, et a engrainé la boue jusqu’à la fin. Et aujourd’hui mes amis, je suis l’antonyme personnifié des ordinaires qui dominent le monde. C’est moche, tordu et incomparable.

Je m’appelle Saturnin. Découvrez la suite


La malédiction de Vauchignon

L’automne fit preuve de bienveillance en cette journée d’octobre 1800 sur le petit bourg de Vauchignon et elle ne put privilégier plus parfaite journée que celle-ci. Le village tout entier était en émoi, il célébrait la fin des vendanges. Il arborait ses plus beaux atouts, la vigne était sacrée, son vin, une richesse et une fierté, était sanctifié. Les belles robes des dames virevoltaient et les perles brodées cliquetèrent sur les musiques entraînantes de l’orchestre. Les messieurs s’abreuvaient joyeusement et bruyamment du liquide rouge tiré de la force de leurs bras. Ce fut une récolte bénie par les Dieux, et les hommes du village en ce jour, rendaient grâce à leurs terres et témoignaient en communion leur amour du raisin. Il n’y avait plus de rang, plus de distinction, c’était un brouhaha heureux et partagé.

Rose était une jeune femme de son temps, dont la conduite de vie s’accordait avec son rang. Découvrez la suite


Les bruits de la forêt

J’ai commis un crime. Dopé par la peur des conséquences de mon geste j’ai fui. Cela fait maintenant des heures que je me suis perdu dans cette forêt, il est aux alentours de minuit. La batterie de ma torche faiblit dangereusement. Je me maudis, je me vomis. Des centaines d’épines de ronce tailladent ma peau. Ces cilices ensorcelés déchirent mon corps et me font cruellement souffrir, mais cette mortification n’est que faible pénitence face à l’horreur de mon geste.

Je résiste à tout abandon, je ne peux revenir en arrière, je continue d’avancer, le cœur aveuglé, l’âme broyée. Je suis coupable, je suis sain d’esprit, je connais ma vérité, mais à cet instant toute lucidité s’est envolée. Je n’ai aucun contrôle, et je suis effrayé.

Il y a ces bruits autour, les bruits de la forêt, ils hantent mes pas, ils m’agressent et me terrifient. Je les hais à en devenir fou. Ne vont-ils jamais cesser? De longues heures plus tard, j’erre toujours en ces bois malfaisants. Et je me surprends à imaginer être paralysé dans un autre espace, loin du monde, seul avec mes cauchemars, tournant en rond jusqu’à l’infini du temps, condamné à subir ce concert infernal.

Ma lumière balaie encore miraculeusement la jungle puis soudain je la vois.

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Cascade de Vulvoz, Jura

C’était cet été, une très chaude journée de Juillet. Les rayons du soleil étaient bouillants, l’air était sec et suffocant, une sensation de Sahara, sans même y être allée je le sentais, c’était à s’y méprendre. Imaginez, le Jura, département de montagnes, de plaines et de vallées, si éloigné des dunes et pourtant si semblable, le temps d’un été.

Épargnés par cette fièvre éphémère, des Éden luxuriants et frais se dissimulent au cœur des forêts. Tapis dans l’ombre des chênes, d’irréductibles lieux se refusent aux assauts caniculaires de l’astre tout puissant.

Le long d’une route sinueuse, un décrochement sur la droite.

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